Quelques arguments ou réponses à des commentaires

De quoi s’agit-il?

Les masters concernés par cette pétition sont masters labellisé Idex. Il ne s’agit pas de Diplômes Nationaux de Master (DNM) reconnus au niveau national. Il s’agit de diplômes d’établissement.

Accroitre la connaissance

  • En tant que scientifiques, nous avons pour but d’accroitre et de faire circuler le savoir. Pour cela, nous avons deux outils : la recherche et l’enseignement.
  • Rendre payant l’enseignement a pour effet de ralentir la circulation de la connaissance. C’est exactement l’effet contraire au but poursuivi.

Enseignement public payant : dangereux socialement

  • sélectionne les étudiants aisés, encore au sein de la cellule familiale = Ce n’est pas la vocation de l’université publique de sélectionner encore plus qu’actuellement selon l’argent
  • crée un marché de la dette de l’étudiant : cf les USA et la grande Bretagne
  • crée une situation d’impossibilité de remboursement des dettes qui peut fragiliser le système bancaire. Cf aux US + de 50% des étudiants sont en défaut de payement

Enseignement sup de l’université : un service public

Il s’agit d’un service public i) financé par les impôts et ii) au service de l’état et du public = une contribution du public pour le public. Il ne s’agit pas d’un moyen de se créer des conditions de travail favorables en faisant payer le public en plus des impôts

Enseignement payant : mauvais exemple pour les autres universités françaises

Attention à l’air du temps, il s’agit d’une porte ouverte à l’inflation générale des frais de scolarité en France. L’exemple de l’Angleterre est édifiant. Une loi fait passer les frais de scolarité maximum à 1000 £ en 1998 puis à 9000 £ en 2012. En 2015 76 % des universités pratiques les frais maximum.

Gratuité de l’éducation : un enjeu social fort

  • La gratuité garantie le droit à l’éducation et l’éducation sert à construire des êtres humains.
  • Article 26 de la déclaration universelle des droits de l’homme :
    • «L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié… »
    • « l’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite » 
  • Même idée présente dans la convention de Dakar de 2000, dans la convention européenne des droits de l’homme, dans le pacte de 1966 de l’AG de l’ONU, etc …

Masters Idex payants = pour les étrangers et les formations continues seulement ?

  • Faux au moins en bio pour les masters Marres et Boost.
    • Ils sont destinés aux étudiants locaux en formation initiale en ce qui concerne l’écologie terrestre et marine
    • Ils remplacent des options existantes qui disparaissent en 2018

Manque d’information :

  • Rien n’indique dans le projet déposé au ministère que les masters doivent être payants
  • Plus grand flou lors des réunions passées sur le fait que les formations soient payantes et à quel niveau
  • Mécanisme dangereux = mettons en place système payant et on verra plus tard comment le corriger. Pas d’assurance qu’on pourra effectivement le corriger

Payant = qualité ?

  • Principe en général faux, en particulier dans l’enseignement supérieur français, cf les Ecole d’ingénieurs publiques versus privées. C’est même exactement le contraire cf les ENS et autres grandes écoles qui recrutent des élèves fonctionnaires (eg Polytechnique)
  • C’est donc plutôt le contraire en France : gratuité = qualité

Masters payants = attractifs et encourageants ?

  • Les étudiants seraient plus motivés si les études sont payantes ?
  • C’est à priori le contraire, c’est à dire décourageant : des étudiants motivés qui ont le niveau pourraient être découragés par le prix (8 smics pour un master)

Il existera un système de compensation du coût ?

  • Des bourses seront mises en place ? au niveau national, les bourses touchent 30% des étudiants avec études essentiellement gratuites ou presque. l’UCA propose de mettre en place des bourses qui atteindraient 20 % des étudiants dans les masters Idex payants. C’est moins et c’est plus cher.
  • Mise en place d’un tutorat optionnel payé ? Ca ressemble à du travail obligé pour ceux qui en ont besoin et travail optionnel pour les autres = ceux qui n’ont pas besoin d’argent pourront travailler leurs études, tandis que les autres moins.  C’est discriminant pour les études, encore plus que système actuel.
  • Une question se pose : pourquoi faire payer les masters si c’est pour rendre aux étudiants par derrière en bourse ou salaire ?
  • Aide des entreprises ? complètement incertain, rien n’est signé.

Rendre payantes les études = seule solution possible ?

  • C’est faux : Cf Allemagne, Suède, Danemark ou la Norvege où les études supérieures sont gratuites ou presque et de grande qualité
  • Même en Suisse, les études sont très peu chères comparées au coût de la vie :  ~ 1000 € pour ETH Zurich qui se trouve dans le top 20 de Shanghai

Extraits d’un échange de mails:

-« Le mauvais fonctionnement du système social français, … »
C’est l’un des meilleurs systèmes redistributifs du monde (médecine gratuite, éducation gratuite, assurance chômage et retraite) mais on a tendance à le dénigrer pour mieux le remplacer par un système payant
-« … alors que seulement 5% de fils d’ouvriers entrent à l’Université … »
« Près de la moitié des enfants d’ouvriers et d’emplois âgés de 20 à 24 ans sont diplômés ou étudient dans l’enseignement supérieur » (http://www.inegalites.fr/spip.php?article1176).
Ce n’est pas en rendant payante l’université qu’on va augmenter la part d‘enfants d’ouvriers chez les étudiants.
-« … (alors que l’Idex affiche 25% de boursiers prévus) … »
Ce chiffre est inférieur à la moyenne nationale et fera baisser la proportion d’étudiants d’origine modeste = La proportion d’étudiants boursiers à l’université est de 34.5 % (en 2015 https://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2016/04/7/NI_16.10_-_Effectifs_etudiants_2015-2016_689047.pdf)
-« Aucune aide financière à attendre de l’état … »
Ca dépend des réactions du corps universitaire et des étudiants. Si personne ne dit rien, il ne se passera rien. Même les militaires se rebiffent contre le gouvernement et les coupes annoncées.
-« Il n’existe aucune alternative … »
Discours assez classique du TINA (There is no alternative).
Il existe des alternatives au contraire :
-faire pression sur l’état pour un financement correct. L’argent est là (cf eg les pertes dues à l’évasion fiscale). Il suffit de modifier les priorités
-intégrer moins d’étudiants en 1ere année
-être plus exigeant pour les passages en années supérieures
Ces solutions ne sont pas merveilleuses mais la solution proposée est la pire de toutes. C’est une solution qui ne va pas dans le sens de l’intérêt général.
-« Le coût reste modéré (2 à 4 k€ à comparer aux 46 k$ du MIT…) pour prendre en compte la spécificité du système Français … »
Pour savoir si un coût est modéré ou pas, on peut soit le comparer à ce qu’il y a de plus cher dans le monde (le MIT) ou ce qu’il y a de moins cher dans le monde (eg les ENS ou Polytechnique où les étudiants reçoivent de l’argent pour étudier).
 -« Attractivité (gage de sérieux) des formations payantes … »
Ce n’est certainement pas démontré dans l’enseignement supérieur français (à part peut-être dans les business schools).
Par ailleurs, quel est le problème de l’université de Nice ? son défaut d’attractivité ou son manque de moyens ? Quel est l’intérêt d’être attractif pour une université qui serait non payante ? Il est important d’être attractif dès lors que l’université est payante. Il s’agit d’un raisonnement circulaire.
La meilleure façon d’être objectivement attractif est d’offrir des enseignements de qualité (rien à voir avec un cursus payant) et s’assurer que les perspectives de carrières soient solides (idem).
-« Exemple des universités étrangères (trop chères certes, mais nous ne voulons pas aller jusque là…) … »
Quelques exemples : Allemagne = quasi gratuit. Les universités d’Europe du Nord = quasi gratuites. Même en Suisse, les frais de scolarité sont très faibles par rapport au cout de la vie (eg 1000 € à l’université de Lausanne) (https://www.unil.ch/immat/fr/home/menuguid/faq–infos-utiles/informations-utiles/taxes-detudes-et-cout-de-la.html)

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